A propos du coaching…

A propos du coaching …

Devenir coach ou être coach, c’est d’une certaine façon revenir au paradoxe de la poule et de l’œuf, ou mieux, l’injonction que Nietzsche attribut à  Pindare : « Deviens ce que tu es ! »

Le devenir d’un coach réside dans son « avoir à être coach ».

Que signifie son « avoir à être coach » ?  Qu’il a à être ses possibilités au travers desquelles l’exercice de son existence professionnelle se déterminera.

Notons que ses possibilités sont « en devenir », et que par conséquent, il « est » déjà tout en « ayant à être ».

Autrement formulé, c’est la question « être ou ne pas être » que repose Lucien Lemaire dans sa contribution (Chapitre 3 : Pour un coaching existentiel) au Grand livre du coaching : « Voilà la différence ontologique : d’un côté, le monde de l’« effectivité » (l’étant), de l’autre, celui de la « possibilité », le Dasein. Un premier corollaire est que chaque homme a à se poser la question de son être : nulle réponse collective à attendre, chacun est seul face à ses choix ».  in Le grand livre du coaching, Frank Bournois, Thierry Chavel, Alain Filleron, Editions d’Organisation, Groupe Eyrolles, Paris, 2008. p24

Exercer un métier, que ce soit  coach, boulanger ou derviche tourneur, implique un questionnement lié à son identité professionnelle :

  • A quelles traditions ou institutions le métier répond-il ?
  • Quelles sont les conditions et les formes d’accès au métier ?
  • Quelles sont les conditions et les formes d’exercice du métier ?
  • Quelles sont les compétences que requiert le métier ?
  • Quelles sont les instances représentatives du métier ?
  • A quels savoirs et pratiques professionnelles le métier fait-il référence ?
  • Quelle place et quel rôle le métier occupe t-il dans la société ?
  • Qu’est-ce qui caractérise et catégorise au mieux le métier ?
  • Quel est le code R.O.M qui correspond au métier ?
  • Quel est le code N.A.F qui correspond au métier ?
  • Quel est le numéro S.I.R.E.T du métier ?

Dans la pratique, l’organisation d’un coaching et son bon déroulement, peuvent réellement devenir une épreuve pour un  coach, dès lors que celui-ci n’est plus en mesure de mobiliser les compétences et les attitudes nécessaires face à des interlocuteurs de culture et de profession parfois divergentes :

  • Savoir communiquer avec l’institution, l’entreprise et ses décideurs.
  • Savoir communiquer avec les prescripteurs directs de la prestation de coaching.
  • Savoir communiquer avec l’entourage proche de la (ou les) personne concernée par la prestation de coaching.
  • Savoir communiquer avec la personne directement concernée par la prestation de coaching.
  • Savoir contractualiser une prestation de coaching.

Ces difficultés, attentes et enjeux sont multiples mais une prestation de coaching est, et reste généralement,  une demande de relation d’aide. « J’ai besoin que l’on m’aide à … » est une des expressions les plus courantes dans le discours-client du coaching.

Le coaching répond aujourd’hui à un « besoin d’aide », qui est formulé autrement, dans un contexte différent de celui qui s’exprime auprès des psychologues, psychothérapeutes et autres professionnels du soin.

Bien que ces derniers interviennent également auprès des entreprises et des institutions, le regard porté n’est pas le même. Nous ne vivons pas de la même façon un rendez-vous avec un « psy » et un rendez-vous avec un coach, alors que les deux situations relèvent généralement d’une demande d’aide.

Ce besoin d’aide, les coachs l’expriment également à leurs pairs. Devenir coach ou être coach, c’est immanquablement être questionné et mis en situation par d’autres dans le cadre de dispositifs comme ceux de la supervision ou analyse des pratiques professionnelles.

Pourquoi ?

1)    Une grande partie de notre temps professionnel est consacré à poser des questions à nos interlocuteurs, nos clients. Il est juste et équilibré que d’autres nous en posent également en retour. De la même façon que nous demandons à nos clients d’élucider du sens, nous tentons d’élucider nos propres problématiques rencontrées dans notre quotidien professionnel.

2)    Le « Connais-toi toi même » ne signifie pas qu’il s’agisse de se connaitre soi-même seul et isolé dans son coin. L’ « auto-analyse » excessive, ou « introspection permanente », est suspecte dès lors qu’elle devient une forme d’évitement ou de renoncement aux situations d’altérité que rendent possible les échanges avec des tiers reconnus comme tels : autorités compétentes à même de nous évaluer et juger nos pratiques professionnelles.

3)    Ce temps de l’échange avec des tiers est aussi un temps de la « pause », un temps pour l’analyse, un temps pour le « collectif ». Notre monde est en constante accélération, notre société moderne fait que les distances entre les opérateurs diminuent à mesure que les vitesses entre les opérations courantes grandissent, ce qui n’est pas sans conséquences pour l’entreprise, la société, tout comme pour les individus.

Cette « brusquerie » générale favorise collisions et incompréhensions,  amoindrit le temps de la pause et du suspens, la marge de réflexion se mute en réflexion à la marge. Voyez, Collision, un film du très controversé réalisateur canadien Paul Haggis (Oscar du meilleur film en 2006) ou Douze hommes en colère (1957), dans des registres différents, mais toujours  sur la nécessité et les bienfaits du  temps, de l’échange et de la réflexion.

Devenir coach ou être coach c’est donc « se conduire » en professionnel, en intégrant à notre pratique certains devoirs ou obligations.

Se conduire en professionnel revient à être engagé, au carrefour de notre projet, et faire les bons choix de direction, éviter les contresens et les non-sens. Le sens, c’est « où je suis », mais c’est aussi « où je vais » et « pourquoi j’y suis », « pourquoi j’y vais ». Il s’agit de redonner du bon sens à notre pratique, ou conduite, lorsque cela est nécessaire avant d’être « mis à l’index »  par de « nouveaux » accusateurs autoproclamés dont l’héritage historique n’a d’égal que l’absurdité de leurs desseins.

Il est vrai, cependant, que le « flou artistique » que montrent certains professionnels, en coaching comme ailleurs, dessert fréquemment mais est-ce une raison suffisante pour stigmatiser toute une profession ?

Sommes-nous réellement les acteurs d’une nouvelle forme de contrôle social comme semblent le croire le psychanalyste Roland Gori et le philosophe Pierre Le Coz ?

On pourrait penser que notre métier de coach est relativement récent dans ses formalisations et actualisations contemporaines et on aurait raison de le croire, si ce n’est qu’il n’en demeure pas moins très ancien dans son essence et par sa pratique.

Autres temps, autres noms, autres dits.

Quel est donc l’intérêt de « montrer du doigt » une réalité professionnelle comptant, en 2010, selon une étude commandée par la Société Française de Coaching, entre « 16 000 et 18 000 coachs professionnels en Europe » dont 1500 en France ?

Serait-ce pour signaler que comme tous les empires, celui des coachs (si tant est qu’il en soit un : mais alors que dire de l’empire des médecins [plus de 200 000 en France selon l’INSEE], l’empire des avocats [plus de 48 000 en France toujours selon l’INSEE], ou l’empire des collectionneurs de timbres [environ 50 000 en France selon la FFAP]…), est voué à sa perte ? C’est peut-être historiquement juste, on parle beaucoup de « phénomène de mode » à propos du coaching, mais n’advient-il pas aussi, dans l’Histoire, tout comme dans la fiction parfois, que les empires contre-attaquent (…) ?

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