Inside Job : Finance, politique, pouvoir, prédation -1-

 

(1ère partie)

Indépendamment de l’interview récente que Monsieur Alessio Rastani a accordé à la BBC, des spéculations qui fleurissent autour de son statut professionnel (amateur, pas amateur) et de la véracité de ses affirmations, subsiste une question qui est de savoir s’il existe une nouvelle forme de prédation en provenance du milieu financier.

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Qu’est-ce qu’un prédateur au juste ?

Un simple détour par un dictionnaire d’usage nous renseigne : « Pillard, homme qui vit de rapines [pillage], de butin (rare). – Spécialit. (1923). Zool. Se dit d’animaux qui se nourrissent de proies, et par ext. de végétaux qui croissent aux dépends d’autres végétaux jusqu’à la destruction totale ou partielle de ces derniers (Cf. Parasite) (…). »

Nous avons bien entendu la possibilité d’adhérer ou non à ce type de rapprochement facile mais alors, citant un des ténors du régime nazi  (Joseph Goebbels), «Plus le mensonge est gros, plus il passe», dans (peut-être) un de ses rares moments de lucidité, nous serions en droit de nous demander si son aphorisme ne nous renverrait finalement pas au négatif  plus inquiétant encore : plus une vérité est grosse, moins elle passe.

Il existe des pistes de réflexion et des arguments qui pourraient, dès lors, nous faire pencher d’un côté très déterminé de la balance :

  • L’histoire : la crise économique de 1929 et celles qui ont suivi.
  • La fiction qui est, comme nous le savons, une supposition, une interprétation de la réalité : American Psycho.
  • Les enquêtes et les films-documentaires, les docu-fiction : Inside Job.
  • Les témoignages. (…)

Je vous parlerais donc aujourd’hui d’un film-documentaire réalisé en 2010 par Charles FergusonInside Job, sur la nature, les mécanismes et le coût de la crise économique de 2008.

Le film débute sur un constat, celui de l’Islande, qui avec ses 320 000 habitants et un PIB de 13 milliards de dollars, subit des pertes bancaires de plus 100 milliards de dollars.

Comment cela a-t-il pu se produire ?

Le gouvernement de l’Islande lance, en 2000, un « vaste plan de dérégulation ». Il autorise, de fait, de grandes multinationales à s’implanter sur le territoire national.

Dans un même temps, « le gouvernement privatise les trois premières banques du pays », ce qui se traduit par une dérégulation financière massive.

Qu’est-ce que la dérégulation financière ?

Une abstention volontaire de contrôle étatique sur les différentes phases et les différents acteurs (particuliers, entreprises, courtiers, banquiers…) des mouvements et mécanismes financiers : l’acquisition et la proposition de prêts financiers, la conversion des prêts en titres financiers (titrisation), la vente de ces titres sur les marchés financiers, la notation et l’évaluation des titres financiers, la spéculation à la hausse ou à la baisse des valeurs sur le marché…

« La finance a pris les commandes ». En l’espace de cinq années, les trois principales banques islandaises, qui n’avaient pas d’expérience significative en matière d’opérations avec l’étranger,  empruntent 120 milliards de dollars (soit l’équivalent de 10 fois l’économie de l’Islande).

Les banquiers et les amis des banquiers s’enrichissent entre eux, sur le dos du contribuable et de son argent placé, et créent une bulle spéculative sans précédent qui conduira directement à la banqueroute du pays.

Les agences de notations (toujours actives aujourd’hui) chargées de la notation et de l’évaluation des titres sur le marché financier encensent le mouvement et attribuent à l’Islande la note la plus haute : A A A.

Bilan pour l’Islande fin 2008 :

  • Le chômage triple en 6 mois.
  • Un grand nombre d’Islandais ont définitivement perdu l’épargne d‘une vie.
  • Le pays fait faillite.

A la suite de l’exemple islandais, le film opère un virage et nous emporte à l’autre bout du monde pour démonter et démontrer les mécanismes de la crise originelle des États-Unis déclenchée le 15 septembre 2008 par la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers et la chute du plus gros assureur au monde (AIG).

Vous entendrez alors des phrases quasi hallucinantes provenant du monde de la finance et de la politique, non sans nous rappeler l’univers du roman à succès de Bret Easton Ellis (American Psycho) :

  • « Incroyable la quantité de cocaïne que Wall Street peut prendre un soir de semaine » ;
  • Question au Sous-secrétaire au trésor de l’administration Bush : « Souhaitez-vous un contrôle juridique des hauts salaires ? », réponse : « Non » ;
  • Question à  un éminent spécialiste du conseil en stratégie et ingénierie financières   : « Vous avez aidé ces gens à tout faire sauter ? », réponse : « On peut dire ça » ;
  • « D’énormes profits personnels au détriment des citoyens ».

Morale de l’histoire : cette crise n’est pas « accidentelle » et est de fabrication purement humaine, « made in USA ». Elle fera basculer plus de 50 millions de personnes sous le seuil de pauvreté. Sait-on quel est le pourcentage de cancers qu’elle aura favorisés ou le nombre de suicides qu’elle aura générés ? Connaît-on le nombre de générations futures qu’elle aura compromises ? Quel héritage et pour combien de temps ?

« Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». (Lord Acton)

Le prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz, titre son ouvrage, paru en 2010, « Le triomphe de la cupidité ».  Dans sa préface, il nous confie : « Ce n’est pas ce qui était prévu. La théorie économique en vigueur, avec sa foi dans le libre marché et la mondialisation, avait promis la prospérité à tous. »

Plus loin Stiglitz reprend : « La crise actuelle a révélé des vices fondamentaux du système capitaliste, ou du moins de la variante du capitalisme qui a émergé aux États-Unis dans les dernières décennies du XXème siècle (parfois nommé « capitalisme de style américain » ou « à l’américaine »), (…). »

Il ne s’agissait donc pas d’un simple problème dû au secteur immobilier, comme l’avait déclaré George W. Bush dans l’émission de la NBC, Today Show, en 2008 : « L’économie va mal parce que nous avons construit trop de maisons (…) ».

Sur quelles bases idéologiques, philosophiques et contractuelles repose donc le capitalisme ?

Nous verrons, prochainement, comment l’économie est indissociable du contrat social : c’est-à-dire du rapport contracté, pacte, entre l’individu et la société. Le capitalisme, même libéral, n’échappe pas à cette règle là, mais tente, et arrive, depuis quelques décennies à distendre les contentions nécessaires à l’équilibre de la vie de l’individu en société.

Cette règle sociale, étant la base de toute vie en société, préserve, ou est censée préserver, de l’état de nature, « Loi de la jungle », où les plus forts dominent les plus faibles par l’exercice primitif de la prédation ; alors même que cette prédation instinctive semble être plus « équilibrée » et juste dans le milieu naturel que celle exercée par l’homme sur le règne animal et végétal lorsque ce dernier souhaite jouir de son « droit » à l’exploitation des espèces, compromettant -par là même- l’équilibre de sa propre espèce humaine .

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