Éthique sportive, dopage et spectacle
Le mot sport proviendrait, selon Littré, d’un vieux mot français « desport », qui signifierait amusement. On peut imaginer qu’il y a deux ou trois cents ans le sport était le seul amusement face à la pénibilité du travail quotidien et la dureté de la vie en général, ce qui expliquerait sans doute sa nature d’origine ludique.
Le sport est, précisément, selon la définition que nous livre le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, « L’activité physique exercée dans le sens du jeu, de la lutte et de l’effort, et dont la pratique suppose un entraînement méthodique, le respect de certaines règles et disciplines ». « Être sport » se dit de quelqu’un de loyal, sans rancune, qui selon l’esprit du sport fait preuve de fair-play.
La définition du fair-play est, selon le code de l’éthique sportive de l’UNESCO, : « (…) bien plus que le simple respect des règles; il couvre les notions d’amitié, de respect de l’autre et l’esprit sportif. C’est un mode de pensée, pas simplement un comportement. Le concept recouvre la problématique de la lutte contre la tricherie, l’art de ruser tout en respectant les règles, le dopage, la violence (à la fois physique et verbale), l’exploitation, l’inégalité des chances, la commercialisation excessive et la corruption. »
Éthique sportive
Le sportif se doit donc, avant tout chose et pour être fidèle à cette éthique, d’être emprunt d’une morale qui, de l’entraînement jusqu’à la compétition, l’accompagne dans une dynamique personnelle ou un esprit d’équipe.
Cependant, lorsque l’on observe l’actualité et la réalité sportives, on constate que l’éthique sportive semble s’éloigner du bon usage, voire se perdre. En effet, l’amateurisme sportif a laissé, progressivement, la place à une nouvelle forme de statut et de conditionnement moraux : un professionnalisme doublé d’une culture de la performance, au prix de l’éthique sportive.
La devise olympique, « Plus vite, plus haut, plus fort », cher à Coubertin, souffre aujourd’hui d’interprétations risquées et intéressées.
Dans sa conception primaire (sport amateur) le sport se caractérise par le désintéressement. L’éthique sportive, que l’on relie à l’époque ancienne des jeux grecs de l’Antiquité, relève aussi de l’amateurisme sportif et s’opposerait ainsi au professionnalisme.
C’est de la confusion de ces deux termes, que l’institution universitaire adresse un reproche à l’athlète Abrahams du film Les chariots de feu, en le taxant d’avoir une « attitude professionnelle » pour l’obtention de sa gloire individuelle, et ce, au détriment du groupe et de l’Esprit de corps.
Dopage et spectacle
Une recherche du meilleur de soi-même, tout en restant un amateur, telle est la quête d’Abrahams.
La recherche du « meilleur de soi » est, dans le fond, totalement incompatible avec le dopage, si l’on admet que le « meilleur de soi » passe par la morale et le respect des règles et des autres. Or, dans les affaires de dopage, ce qui est corrompu est : sa propre morale, les règles, les autres. L’attitude la plus courante du dopé, pris la main dans le sac, est le déni : « C’est pas moi, je ne comprends pas comment cette seringue est venue se planter dans mes fesses ! C’est un scandale !! »
Le dopage n’a donc pas que des conséquences dramatiques sur l’organisme, il détruit aussi l’âme.
Il n’y a rien de « meilleur en soi » à s’élever individuellement, et ce aux dépens des autres, au dessus des règles qui fondent le groupe, la société. La présomption et le dopage font donc bon ménage dans un culte du spectaculaire. Elles sont le contraire de l’attitude juste et du fair-play qui fondent le sport.
Durant les XIX° et XX° siècles, la révolution industrielle pose le cadre des avancées techniques, à venir, nécessaires à une société de consommation qui, depuis les années 1940-50 à nos jours, ne cesse de produire des besoins nouveaux. Ainsi, on parlera de nouvelles lessives -chaque fois plus performantes- de nouvelles voitures -chaque fois plus puissantes- de nouveaux records -chaque fois plus incroyables-; comme si le dépassement de soi est était une affaire de « spectacle » et de spectaculaire .
Spectacle et divertissement
Nous entrons donc pleinement, dès les années 60, dans une société de consommation, de loisirs et de médias, empreinte d’un idéal de performance « à tous prix » doublé d’une nécessité de montrer la performance, qui dans le XXI° siècle, s’agrègera de plus de surinformation, de désinformation et d’évènementiel.
L’événement se définit comme « un fait auquel vient aboutir une situation ». La mise en situation, l’évènementiel, caractérise l’obligation de résultat qui définit le statut professionnel. Si l’on admet une corrélation entre média, événement et sport professionnel, on peut alors se demander de quelles façons les médias arrivent à influer les pratiques sportives, afin que celles-ci soient tenues à des résultats de plus en plus spectaculaires et divertissants.
Demandons-nous pourquoi certaines activités physiques et sportives ne sont pas autant « courues » par les télévisions ? La course de fond, ou ultra-fond, en est un bon exemple. Ces activités qui ont beaucoup de mal à être récupérées par le média télévisuel, sont tout de même en passe de l’être au prix de stratégies de retransmission : aspects historiques ou géographiques des lieux où les évènements se déroulent, portraits de sportifs pendant le déroulement des évènements… tout ce qui est possible d’imaginer afin de remplir le « vide » ou l’ »ennui » apparents d’une expérience qui ne se prête pas facilement à la captation par l’image et est avant tout une expérience personnelle de « l’en-soi », peu médiatique, car non divertissante et pauvrement spectaculaire.
Espérons que cela dure longtemps.